Cette lettre risque d’être peu concrète, mais ce que je vis aujourd’hui, qui me forme et me transforme, qui donne du relief à mon quotidien, se situe vraiment au niveau de ma rencontre avec Dieu. Même si ce n'est pas encore totalement facile et évident pour moi que de l'écrire. Cette rencontre n'a pas été le fruit d'une conversion subite, où suite à tel événement je me serais dit "Quelle évidence, Il est la Source de tout", mais bien le fruit de m'être laissé porté par la prière quotidienne, la formation si importante et si nourrissante, la vie en fraternité où vraiment on "vaut ce que vaut notre cœur" sans paraître, et d'avoir laissé grandir en moi cette soif de me laisser apprivoiser par Dieu. Le chemin que je vis est évidemment plein de combats, mais j'avance par petits pas, en regardant aujourd'hui vers la Pentecôte et en demandant à l'Esprit Saint de dilater mon cœur, d'aller plus loin, de m'aider à tracer les lignes directrices de ma vie.

Ce chemin vers la Pentecôte, nous essayons aujourd'hui de le prendre avec tous les chrétiens du quartier, en allant prier chez eux tous les lundis soirs autour des textes des évangiles de la résurrection.  Hier (mardi), nous étions 13 pour la messe, dont 8 personnes du quartier… et pas de prêtre! Nous avons donc dit un chapelet, avec une intention spéciale pour Benoît XVI, puis partagé un repas plein de joie avec Paul, André, Mauricette, Céline, Ginette, Sonia, Louis et Roseline: un beau tour de grâces du jour. C'est impressionnant de rentrer dans ce quartier, de découvrir ces souffrances et surtout ces peurs qui font se barricader les gens chez eux. C'est étrange de réaliser que ces familles vivent dans un lieu que personne n'a choisi et dont tout le monde veut sortir. C’est pas facile d’écouter des gens qui semblent si souvent subir leur vie, à contrecoeur…

Au milieu de tout ça, je continue à concevoir des chemins, autoroutes et voies ferrées. Le milieu des travaux publics est un milieu où les rapports sont importants, et les rencontres variées. L'aplomb du regard de Bernadette sur cette photo où elle est habillée en simple paysanne, ce regard qui semble juste dire "va", "vis d'évidence", m'aide à trouver ma place dans ces rapports aux gens.

Je suis aussi porté en ce moment par quelques phrases, ou plutôt quelques questions posées dans l'évangile, qui rejoignent souvent l'évidence de la foi de Bernadette: "Pourquoi chercher le vivant parmi les morts?" "Seigneur, vers qui irions-nous?" Je réalise l'importance (la nécessité ?) de poser des actes qui vont dans le sens de ma foi, car sur le papier les réponses à ces questions me semblent si claires: qui, en effet, veut choisir d'avancer dans des chemins de mort plutôt que vers la vie… Et pourtant c'est dur d’agir chaque jour concrètement pour Dieu et/ou pour l'homme souffrant, de Lui donner tout, de chercher à dépasser les consensus et les compromis si chers à notre monde d'aujourd'hui pour entrer dans "plus" : plus de don, plus d’amour, plus de dépouillement,…

Pour tous ces combats, je suis heureux de pouvoir compter sur votre prière, comme vous pouvez compter sur la mienne: la fraternité qui nous lie est une chance.

Jérémie