La vie en cité avec la Fraternité Bernadette me confronte à des situations diverses, aussi bien à l’intérieur de la Fraternité qu’à l’extérieur de celle-ci. Je peux témoigner qu’une grâce est donnée non seulement pour vivre cette diversité avec ses pesanteurs propres, mais encore pour  l’aimer et la désirer, et plus fondamentalement « en vivre ».

Par leur origine ethnique, leur situation familiale, leur condition sociale, leurs références culturelles et religieuses, les habitants de la cité me découvrent des horizons nouveaux et variés. Chez beaucoup, il y a une grande générosité, une soif de relation et d’amitié, une attente de considération, de respect, mais certains de leurs comportements et manières de penser me surprennent. Ils m’obligent à relire l’Evangile avec le souci de l’essentiel.

La vie de nos voisins est marquée par des difficultés de tous ordres : revenus, travail, famille, santé, logement,… Ces difficultés me rapprochent de la vie de Jésus en ce qu’elle aussi fut pauvre, exposée, fragile… et cependant vouée au soulagement de la misère du monde, physique et morale. Vivre avec ces gens dans l’esprit du Christ, c’est, je l’espère, se faire un peu l’instrument du salut que Dieu veut pour tous.

La diversité règne aussi au sein même de la Fraternité Bernadette. Diversité des états de vie (personnes mariées, célibataires), des projets de vie, des âges, des situations professionnelles (nature du travail / temps de travail), du rapport résidentiel à la cité : dans ce contexte, la vie communautaire apparait vite comme un défi ! De fait, l’équilibre est toujours précaire entre une fidélité exacte mais un peu idéale au cadre exigeant des obligations communautaires et les nécessaires adaptations du quotidien.

La Fraternité Bernadette est soutenue et accompagnée dans son cheminement par un réseau d’amis, pour la plupart d’anciens résidents en cité au sein de la Fraternité, ce qui ajoute encore à la diversité de l’ensemble. Une rencontre hebdomadaire est prévue entre les membres de la Fraternité et les amis qui le peuvent. C’est une aide de grand prix, en particulier pour les nouveaux venus au sein de la Fraternité.

Une communauté fraternelle n’est pas seulement une alternance de choses à faire, de prières et de repas pris ensemble. C’est aussi et surtout la rencontre entre un désir  (le désir de faire communauté, l’affectio societatis des anciens) et une grâce (« la communauté n’est pas un dû, mais une grâce », Dietrich Bonhoeffer). C’est ce mélange de désir et de grâce, désir de ses membres et amis, grâce accordée par Dieu, inexplicables l’un et l’autre autrement que par l’amour, qui permet à la Fraternité Bernadette de continuer d’exister aujourd’hui, après plus de 8 ans, discrètement, dans l’unité et la diversité.

Gaultier