Camille: "Vivre à la cité, ça a été d’apprendre à se laisser déranger, bousculer dans ses habitudes pour laisser place à la charité. Tout d’abord, par la communauté. Quelle joie de se savoir ensemble, une grande famille, de vivre toujours dans le souci de l’autre et de chercher à toujours mieux lui laisser sa place dans chacune des petites choses du quotidien. Et pourtant, quel combat intérieur d’être mis à nu avec ses faiblesses et ses actes manqués… et surtout de savoir les reconnaître et les accepter. Heureusement que le pardon et la prière sont là pour mettre un baume d’Amour sur chacun de ces moments difficiles.

Mais, être dérangé c’est aussi savoir accueillir un ami qui frappe à la porte de l’appartement pour passer avec nous un moment de sa journée. Je repense à Francisco qui ne laissait jamais s’écouler plus de deux jours sans frapper. Il était un vrai petit frère pour nous tous et nous aidait de façon admirable pour les activités du samedi, le soutien scolaire et même parfois pour le ménage et la vaisselle de nos propres appartements. Pourtant, encore imprégnée des soucis de la journée de boulot et de la fatigue, quel dur combat dans ces moments pour ouvrir la porte et donner de l’attention et de l’amitié à Francisco. Que le Seigneur me pardonne de ces manques de charité et d’amour !

Une des premières choses qui me manque aujourd’hui, c’est le mardi soir. Le soir où notre petite communauté se retrouve pour accueillir les chrétiens du quartier et prier avec eux autour du mystère de l’eucharistie. Chaque mardi, une grande joie jaillit de ces messes «folkloriques » où nous sommes tous rassemblés avec nos simplicités et nos petitesses pour prier Dieu. En partageant le repas après cette messe, un nouveau temps fraternel est lancé par la «grâce du jour » que chacun exprime comme un moment privilégié passé et ressenti avec Dieu dans sa journée. Il y a là quelque chose qui enracine des amitiés uniques où chacun se révèle dans ses joies et ses souffrances que nous pouvons tous porter ensemble."

Pour ma part (François), j’ai ressenti la présence de Jésus à l’intérieur, qui demande à ouvrir pour laisser transparaître la lumière. Celle qui rayonne des cœurs de ceux qui se donnent au service de la charité, qui suscitent l’émerveillement. Cette lumière, je l’ai perçue chez ceux qui marchent dans les sabots de Bernadette, à l’école de Marie. Ce Christ qui illumine leurs visages, je suis venu le chercher en m’installant aux Lauriers, pour une année avec Bernadette.

D’abord le mercredi, et par la suite presque tous les jours, j’accompagnait Hakim, le petit frère de Djamel, dans une association d’amis qui réparent des bateaux, pour lui faire goûter à mon métier de charpentier naval et lui, à qui on a rabâché qu’il était un incapable, nous a impressionné par son enthousiasme, sa dextérité et sa débrouillardise. Quand Philippe, un vieux loup de mer, nous ouvrait les portes de son bateau, on partait en mer et Hakim, fier comme Artaban, découvrait les plaisirs de la navigation à la barre du voilier.

De retour au quartier, les visites au hasard des rencontres me permirent de découvrir des familles qui nous ouvraient leur cœur, criaient leur détresse et témoignaient de la présence du bon Dieu dans leur vie, source d’espoir inépuisable.

Cette expérience nous nourrit encore aujourd’hui dans la prière, dans nos rencontres, toujours en quête de ce Jésus qui donne sens à chacun de nos actes. Mariés depuis 2 ans, parents d’un petit Samuel et en attente du deuxième pour novembre, nous nous apprêtons à passer un an en mission pour le secours catholique du Var en attendant un départ avec la DCC en septembre 2009.

En union de prière,

Camille et François