Après un an comme enseignante en Région Parisienne, il me paraissait important de prendre un an pour me poser, réfléchir et surtout prier pour prendre ma vie en main plutôt que de la subir.
Venir à la fraternité Bernadette a vraiment été un appel. Cela faisait des années que je pensais aller ailleurs (point cœur, école de vie …) mais sans jamais m’y sentir appelée. Lorsque j’ai entendu parler de l’année au « service de la charité » , je ne pouvais plus ignorer ce désir qui venait du plus profond de moi. Il fallait que j’y passe un an.
Une des toutes premières choses que j’ai découverte est l’impuissance des parents face à la violence environnante et aux différents trafics. Ils essaient de protéger leurs enfants. Mais à un âge où ils ne peuvent plus rester enfermés dans leurs chambres (d’autant plus qu’elles sont souvent envahies par les jeux des petits frères et sœurs), la rue rattrape ces jeunes. Les tentations sont grandes, l’argent facile, et beaucoup cèdent … pour le plus grand malheur de leurs parents. Alors mon regard, de très critique et accusateur envers ces parents, est devenu plein de compassion pour eux, qui voient leurs enfants se transformer, se durcir, sans rien pouvoir faire que d’attendre une main tendue pour les aider à se sortir de là.
J’ai ensuite découvert l’importance de la pauvreté. Très attachée depuis quelque temps à la pauvreté matérielle, j’ai découvert cette année les autres pauvretés : les petits, les exclus, les rejetés. Non pas tant par l’argent que par la simplicité d’esprit, par l’alcoolisme, ou tout simplement la différence. L’image de la petite Bernadette, rejetée par tous à Lourdes, mais regardée « comme une vraie personne » par la Vierge me confortait alors. Le Christ n’est-il pas venu pour les petits et les humbles ? J’ai alors pu découvrir et accepter mes propres pauvretés que je me cachais jusque là.
Dans ces petits, j’ai été impressionnée de la proportion de chrétiens. Les baptisés qui habitent en cité font déjà partie d’une minorité, et de là, appartiennent aux exclus. Nos temps de prière avec eux, à l’appartement de la fraternité ou chez eux leur permettent alors de reprendre confiance et de retrouver leur dignité : ils appartiennent à une communauté chrétienne, et par définition, ne sont donc pas seuls. J’ai en particulier apprécié accompagner des jeunes (ou moins jeunes) lors des grands temps diocésains : messe de rentrée, messe chrismale, ordinations sacerdotales. Et je me souviens alors avec joie de Pierre, jeune adolescent, qui ne me croyait pas lorsque je lui affirmais que la cathédrale était remplie de catholiques, et qu’il n’y avait a priori pas de musulmans : « Il y a tout ça de chrétiens à Marseille ? » me répond-il ébahi !
Cette année en fraternité m’a également beaucoup fait aimer l’Eglise. Autrefois, je la considérais simplement comme un guide, un chef, une référence. Aujourd’hui, je la vois vraiment comme une mère (l’institution) et comme une famille (tout le peuple qui la constitue). L’attachement paroissial de la fraternité a, je pense, énormément contribué, avec en particulier les temps d’animation de messes, ainsi que les formation suivies au cours de l’année (en particulier avec les dominicains).
A côté de cet attachement écclesial, confortée dans ma foi, j’ai découvert la foi de nos amis musulmans. Religion que je craignais, je me sens aujourd’hui beaucoup plus proche d’eux, par nos points communs, et pleine d’admiration : l’omniprésence de leur foi dans leur vie est quelque chose dont nous devrions nous inspirer : Un voisin, que je croise tous les jours , ne me dit jamais bonjour sans trouver le moyen de rendre grâce à Dieu d’être toujours en vie. Comme je me sens petite à côté !!
Enfin, la vie de prière qui est vécue dans la fraternité permet de prendre conscience que nous ne sommes rien, mais que de ce rien, le Seigneur arrive à faire de belles choses. Quelle joie d’être un instrument du Seigneur ! Cela permet de « survivre » à la détresse que nous côtoyons chaque jour et que chacun nous confie. Si nous n’avions pas le moyen de remettre tout cela entre les mains du Seigneur, nous ne pourrions repartir le lendemain avec entrain. Pour cela, la messe et l’adoration eucharistique quotidiennes ne sont pas de trop, et les offices, principalement constitués de psaumes, nous permettent de nous associer à la prière de ce peuple en souffrance ou en action de grâce.
Au sein de cette petite fraternité, mon cœur s’est assez ouvert pour entendre ce profond désir que j’avais de donner ma vie au Seigneur, en restant proche des plus pauvres. Je pars donc l’an prochain chez les petites sœurs de l’Agneau, pour entrer au postulat. Je garderai, cela est certain, tous ces visages de la cité dans le cœur, et porterai dans la prière la petite Fraternité Bernadette ainsi que les jeunes qui y passeront les années à venir.
Bérengère