Témoignages

Octobre 2016

 Simon, volontaire en service civique pendant 6 mois

« Cet été, ce sont les bénévoles qui m’ont retourné et transmis leur foi »

« Après six mois au service Charité, la maison Bernadette m’a accueilli et supporté pour un mois encore pendant l’été.
Pendant l’année, c’est la vie communautaire au sein du service Charité, qui m’a le plus marqué, fait pleurer et rire, grandir. L’été, ce cadre se dilue dans le grand bouillon des volontaires qui arrivent et qui partent, restent deux jours ou deux semaines… Il a fallu apprendre à communiquer dans l’instant les peines, les joies, les demandes de pardon. Car la vie qui dure en communauté permet de construire la confiance, de se tromper, de remettre à plus tard telle discussion… Alors que la quotidien de l’été et son rythme soutenu oblige à être vrai, direct et bienveillant à chaque instant, car les relations sont beaucoup plus éphémères et tout autant appelées à être profondes et bienveillantes. C’est un défi passionnant, qui m’a demandé de chercher plus qu’avant dans la chapelle le silence qui devenait rare au dehors.
Les semaines d’été sont passionnées. On y dort trop peu, on y rit beaucoup, on pleure aussi. Les bénévoles viennent de tous les horizons, et certains savent même à quoi s’attendre en arrivant. La plupart cependant n’en ont aucune idée. Vraiment aucune. Et chaque nouvelle semaine s’ouvre sur des incertitudes : comment peut avec tant de groupes si différents ? Comment convaincre ceux qui pensent que l’emploi du temps est, au mieux, absurde ?
Justement, la maison Bernadette ne convainc pas. Elle explique peu. Elle vit, joue, prie, rigole, invite chacun à se joindre, tel qu’il est. Elle propose à ses invités que nous sommes de nous laver les pieds les uns aux autres. Littéralement. Et ça marche.
Chaque semaine cet été, j’ai été le témoin de miracles et de conversions. Sans rire cette fois. Moi je pensais que ça n’existait que dans de sombres épîtres… Nous pensions venir aux Lauriers pour donner ce que nous avions à de pauvres gens. Bernadette, en se moquant gentiment de nous (elle est toujours gentille), nous invite à tout donner. Elle nous invite à nous donner.
J’étais resté cet été pour rendre et transmettre ce que j’avais reçu, pour partager cette expérience que j’ai vécu : une cité des quartiers nord qui a changé durablement ma manière de vivre et d’aimer. Une fois de plus, je me suis fait avoir. Ce sont les bénévoles qui m’ont retourné et transmis leur foi, semaine après semaine. »


Juin 2016

OmbelineOmbeline, bénévole


« J’étais heureuse de remettre l’essentiel à sa place »

« Je suis arrivée à la Fraternité Bernadette lundi, à l’heure du déjeuner. On m’a indiqué où poser mes affaires et on m’a directement installée à table, immergée autour de ces nombreuses personnes présentes pour le weekend, un mois, un an ou de manière permanente. Le contact s’est très facilement créé, mes interlocuteurs étant sincèrement curieux de découvrir qui j’étais, quelles étaient mes motivations, comment est-ce que j’avais entendu parler de l’association Massabielle et de ses actions, par le bouche-à-oreille, tout simplement. Un ami m’a raconté son expérience là-bas avec tant d’enthousiasme que je n’ai pu résister à la tentation. Et me voilà plongée pour une semaine dans ce tumulte de don, d’écoute, de patience et de foi. Quelle leçon !
Tout d’abord, j’ai été frappée par la richesse des volontaires. Ceux de la fraternité nous ont accueillis très simplement, mais chaleureusement. Toujours ouverts au dialogue, aux questions, aux inquiétudes, ils ont été un réel appui. L’ampleur de leur engagement peut impressionner, mais ils gardent cette humilité si simple et précieuse qui les rend d’autant plus accessibles. J’ai partagé de très beaux moments avec certains d’entre eux, et je peux affirmer que malgré la courte durée de mon séjour, de beaux liens se sont créés.
Ensuite, j’ai été sollicitée pour le soutien scolaire des plus jeunes. Quel plaisir de faire apprendre « La cigale et la fourmi » à Jinâne qui s’estime prête à partager son goûter avec un camarade ! Ces deux heures partagées nous ont permis d’apprendre à nous connaître, à partager un peu de nos expériences. Les liens se créent facilement et le travail s’effectue dans la bonne humeur, tout en restant efficace. Les enfants sont écoutés, ils ont un adulte pour eux. Cela est réellement apprécié. Je garde aussi un tendre souvenir de Sami me résumant un livre qu’il a dévoré pendant les vacances, racontant l’histoire de ce petit chaton abandonné, aidé par un gentil chat et recueilli par une famille. Sa sensibilité m’a touchée.
Les activités ont aussi été une occasion de connaître les enfants, de les faire travailler ensemble dans le respect de l’autre et des règles. D’abord en ludothèque puis en atelier cuisine, j’ai pu tester mon autorité qui laisse souvent à désirer ! Il était amusant de voir la fierté des enfants devant leurs samoussas finalement cuits, dégustés par leurs mamans attendries. Ces activités sont l’occasion d’échanger de manière détendue à propos de tout et de rien, du quotidien des enfants, de leurs amis, de leurs histoires à l’école. Ils sont heureux d’être écoutés et s’ouvrent souvent rapidement. J’ai été touchée par leur confiance en la maison et leur joie de prendre part aux activités.
Enfin, j’ai pu aider lors du soutien scolaire des plus grands. Je citerai notamment la séance de travail avec Ottman, qui désirait apprendre l’anglais. Nous avons repris les bases et avons préparé un texte à propos d’une personne l’ayant inspiré. C’était amusant d’apprendre à le connaître au travers de ce devoir. Il m’a confié vouloir maîtriser l’anglais afin de partir voyager en Australie, et d’y travailler dans le domaine des énergies renouvelables. Quelle promesse !
Ces quelques jours au cœur de la Fraternité Bernadette m’ont profondément édifiée. Alors que je dois faire mes choix d’orientation et de carrière, j’étais heureuse de remettre l’essentiel à sa place ; Dieu est au cœur de nos vies et à l’origine de nos dons. J’ai été extrêmement saisie par la simplicité et l’intensité du lien qui lient les habitants de la cité et la maison Bernadette. Après tout, qu’y a-t-il de plus important que de venir en aide à ceux qui en ont besoin en les aimant et en liant une amitié sincère avec eux, transmise de volontaire en volontaire afin de la faire perdurer et fructifier ? Merci pour cette magnifique expérience, pour le message vivant que vous êtes tous. Après ces quelques jours, me voici chamboulée et assoiffée de Dieu ! »

Ombeline


Mars 2015

Marie MilesiMarie Milesi, réalisatrice du film

« Il était une foi dans les quartiers nord »

« Lorsque j’ai rencontré Aymeric, en 2007, j’ai tout de suite su que je voulais faire un film sur la maison Bernadette. Elle n’était pas encore construite, ce n’était alors qu’un projet, mais déjà elle m’interpellait !
Ce qui m’intéressait, c’était cette rencontre entre une fraternité catholique (la fraternité Bernadette), et les habitants d’un quartier, à majorité musulman (la cité des Lauriers).

Entre 2011 et 2014, lors de mes différents séjours à la maison Bernadette, j’ai été à la fois fascinée, admirative et transportée par ce qui se vivait ici (par la joie des jeunes de la frat’, le don de soi si total, la foi qui rayonnait en chacun et tout autour d’eux), mais aussi pleine de questions sur ce vivre-ensemble fait de difficultés et de joies, sur le dialogue, sur l’évangélisation.
Cela me posait tout un tas de questions, mais je ne cherchais pas tant à y répondre avec ce film, qu’à amener d’autres personnes à réfléchir avec moi… Qu’est ce qui est en jeu dans cette rencontre ? Pour quelles raisons la fraternité Bernadette s’est-elle installée ici ? Qu’est ce que cette présence chrétienne suscite pour les habitants du quartier ? Et pour chacun ?
En fait, en faisant découvrir ce lieu au spectateur, je voulais l’inviter à se questionner aussi.

Avec Nathalie, qui est caméraman, nous avons été accueillie à la maison Bernadette pendant le tournage, pour vivre au cœur de la fraternité. Cela a été très important pour que nous puissions vivre les choses de l’intérieur. Nous avons été nourries par ces moments partagés ensemble… C’est assez unique dans une vie !
Et puis, la rencontre avec les habitants du quartier a été très riche, et avec un sens de l’accueil que je n’oublierai jamais ! La simplicité avec laquelle ils m’ont ouvert leur porte m’a profondément touché, et j’espère avoir appris un peu de la générosité avec eux.

Pour résumer, je voulais faire un film sur un chemin de rencontre, sur un chemin d’amitié et de dignité… pour cette expérience là, merci ! »

Marie


Octobre 2014

WP_20141027_002Isabelle et Thierry, volontaires pendant les vacances de la Toussaint

« Une journée en famille à la cité des Lauriers »

En visite à la Maison Bernadette pendant les vacances de la Toussaint, nous avons eu l’occasion, avec nos trois enfants, de vivre de vrais moments de partage avec les familles vivant dans la cité des Lauriers autour d’un jeu de société « La Guerre des Maths » (jeu qui permet de réviser les mécanismes du calcul mental).
Arrivés devant la rue de Marathon, nous reconnaissons l’énorme barre d’immeubles de la cité des Lauriers. Dans son fauteuil pivotant, installé sur le trottoir, le veilleur nous regarde passer, l’œil faussement paisible. Un peu plus loin, devant le grand immeuble, nouveau fauteuil de direction en cuir avec son préposé protégeant une cage d’escalier où nous n’oserions pas nous aventurer seuls.
Nous arrivons finalement à la Maison, accueillis chaleureusement par Nathan qui nous propose d’aller à la rencontre des familles, chez elles, pour jouer avec les enfants à « La Guerre des Maths ».
Nous voici donc partis avec Nathan faire du porte à porte, d’étage en étage, afin de voir si une famille veut bien nous accueillir chez elle pour jouer. Toutes les portes s’ouvrent avec de larges sourires mais notre passage à l’improviste ne permet pas si facilement de ne pas déranger. Finalement une famille nous accueille très chaleureusement et c’est autour de la table de la salle à manger que nous nous installons avec nos enfants, une grande fille et son frère pour enchaîner 3 parties de « Guerre des Maths ». Rires, concentration, défis, nous nous quittons enthousiasmés par cette joyeuse compétition mathématique, et profondément touchés par l’accueil et la confiance de cette famille qui nous a laissé découvrir son univers tel que nous ne pouvions l’imaginer.

Retour à la Maison pour le grand déjeuner convivial préparé par des mamans du quartier. Vaisselle et rangement en récitant le chapelet, puis après un café, nous reprenons notre pèlerinage dans les immeubles, cette fois-ci accompagnés de Sophie et d’Astrid qui font la joie de tous les enfants qui les croisent. Nous voici finalement dans une famille originaire d’Afrique où deux grandes filles en primaire nous invitent à nous installer autour de la table. Déjà plus en confiance, nous demandons si on peut éteindre la grande télévision qui illumine sans discontinuité le salon de programmes hypnotisants. Les parties s’enchaînent, la maman participe même aux calculs et nous demande où elle pourrait trouver le jeu pour l’offrir à Noël ! Cela nous réjouit car les parents, issus de cultures différentes, n’ont pas l’air de connaitre l’éventail des jeux de société « traditionnels » qui permettent à la fois d’occuper les enfants et de compléter leur éducation.
Nous quittons la famille et tout le monde se remercie d’avoir tant reçu au cours de cette partie improvisée.
Mais l’après-midi touche à sa fin, c’est le moment des adieux.

Merci à la Fraternité Bernadette et aux familles de la cité des Lauriers pour leur belle hospitalité et leur confiance.

Comme à chaque fois, nous repartons avec l’impression de donner peu et de recevoir beaucoup : des moments inoubliables pour toute une vie et sans doute des graines de partage en germination !

Isabelle et Thierry

 


Septembre 2014

Constance

Constance, bénévole au Service de la Charité

« Venez tout donner, venez tout recevoir, venez être heureux ! »

Que dire de cette année passée à la maison Bernadette ? Pour moi c’est avant tout une année de don total.  Don total au sens où je reçois tout des autres et de Dieu.

Dans la cité, je suis si bien accueillie dans les familles ! Lorsque la porte s’ouvre pour nous faire entrer, c’est toute la vie dans l’appartement qui s’arrête pour prendre soin de nous, nous servir les gâteaux et le café…
Dans la vie en fraternité, je suis accueillie chaque jour comme je suis. Une des expériences les plus belles de mon année est de sentir que chacun de nous est profondément aimé pour tout ce qu’il est, pour toutes ses qualités mais aussi pour ses limites, car lorsque je vois chez l’autre quelque chose qui m’est difficile et que je choisis par amour d’accepter cette limite pour aujourd’hui et pour demain, alors l’amitié que j’ai pour lui en est renforcée. Et quand l’autre fait de même pour moi, quel don de lui-même !

Et chaque jour, je reçois tout de Dieu lui-même : si j’ai besoin de quelque chose, quelqu’un me le donnera. La bouilloire est cassée ? Un ami en apporte une. J’ai besoin de nouveaux habits ? Une amie m’offre un bon pour mon anniversaire. On n’a plus de légumes? Un vieil ami du quartier nous en donne tellement toutes les semaines que même en les partageant autour de nous on a du mal à tout gérer ! J’aime quand il me dit : « Constance, c’est pas moi c’est le Bon Dieu ! ».

Ici j’apprends à me donner toute entière, à m’abandonner toujours plus, et je découvre que finalement j’acquière un équilibre de vie en recevant toujours juste ce qu’il me faut. Ne plus avoir à me préoccuper de ce dont j’ai besoin en faisant confiance que tout viendra à point est tellement reposant !

Et finalement, comme de tout donner et de tout recevoir rend vraiment heureux, cette année à la maison Bernadette est une année de vraie joie ! Alors : venez tout donner, venez tout recevoir, venez être heureux !


Juin 2014

Quentin, volontaire depuis 1 mois

« J’avais sans doute plus à recevoir qu’à donner »

J’ai débarqué à la maison Bernadette un beau matin, un peu par hasard, avec l’ambition de faire une pause « utile » dans ma courte carrière -avant d’y replonger pour de bon, de me retrouver spirituellement et de discerner plus clairement mes aspirations fondamentales.

J’affirmais alors, très sincèrement mais très intellectuellement, que j’avais sans doute plus à recevoir qu’à donner, j’étais loin de supposer combien c’était vrai.

D’emblée, j’ai été extrêmement touché par l’accueil des volontaires, des permanents, mais aussi des amis de la maison, qui sont eux aussi au cœur de la « fraternité Bernadette » (nos repas le lundi soir et les temps passés avec nos amis de la gare sont sans doute les deux plus beaux moments de ma semaine). On comprend très vite qu’ici, on est accepté tel que l’on est et qu’il n’est nul besoin de paraître ni d’agir avec affectation. Il y a une grande vérité et une grande charité dans les relations, au-delà de nos différences voir de nos (rares) différents.

Il m’a en revanche été beaucoup moins facile de me positionner avec les jeunes, ou du moins les plus difficiles d’entre eux. Comment gérer la souffrance qu’ils peuvent parfois exprimer et devant laquelle je me sens si démuni ? Comment les toucher, leur faire comprendre que je ne veux que leur bien ? Une des premières choses a été d’accepter de se sentir désarmé et « inutile » dans certaines situations, c’est une vraie leçon d’humilité !

« Chaque jeune a non seulement besoin d’être aimé mais aussi de se savoir aimé » disait Don Bosco. Instaurer au jeune confiance, cela demande du temps, et davantage encore quand il a particulièrement besoin d’une telle relation. Du haut de mon petit mois d’ancienneté, je n’en suis pas vraiment là, mais le travail avec les jeunes offrent tout de même régulièrement de beaux moments de grâces inattendus.

La vie de prière, étonnamment naturelle malgré un rythme qui m’aurait semblé exagéré avant d’arriver ici (offices, messe quotidienne, chapelet et adoration), nourrit ce quotidien de vie en fraternité et avec les jeunes … et vice versa ! J’ai ainsi la conviction que les jeunes, et particulièrement ceux avec qui j’éprouve le plus de difficultés, m’apprennent à prier et me rapproche de Dieu. La prière m’aide à être touché par la détresse d’autrui sans être rongé par celle-ci et en conservant confiance. Elle m’apprend surtout qu’être aimé de Dieu est un immense bonheur ! »


Octobre 2013

Lise, volontaire pendant 1 mois

“Venez et vous verrez”

Arriver aux Lauriers un dimanche soir, après 6 heures de train ! Voir une barre immense et se dire qu’on est là pour un mois, du jamais vu pour moi qui vient de la campagne profonde! Je me remémore les conseils prodigués par mes proches avant de partir “la banlieue peut être tout aussi dépaysante que l’étranger”, “les quartiers Nord de Marseille c’est du sérieux, il y a beaucoup de violence, fais attention” ! J’avais le cœur plein d’angoisse, de questions et d’appréhension : qui sont ces familles qui vivent ici toute l’année ? Qui sont ces gens auxquels on associe peur, violence et conflit ? Sont-ils si différents de nous ?

« Venez et vous verrez », cette phrase correspond totalement à ce que j’ai vécu dans ce quartier pendant 4 semaines.

J’aidais au soutien scolaire des CE2 et CM2 et je me suis vite rendue compte que les enfants avaient soif d’apprendre même si ce n’était pas évident pour eux, ils ont de réelles capacités. Les enfants viennent à la maison Bernadette parce qu’ils se sentent aimés et qu’ils peuvent être vrais. Cette attitude est l’attitude du Christ avec nous. Et je suis personnellement convaincue que le Seigneur nous envoie, bénévole ou salarié, en mission dans cette maison, pour que nous le suivions et que nous transmettions cet Amour.

Le regard : Petit à petit au fil des jours mon regard à changé sur la cité et les habitants du quartier. Je suis devenue attentive aux regards des enfants. A travers un simple regard, un enfant peut tout simplement nous demander de jouer avec lui et d’être présent à ses côtés. Ce regard, un enfant me l’a donné un jour après avoir joué avec lui un après-midi. Il est resté devant la grille de la maison Bernadette à attendre… Après un temps d’apprivoisement difficile, il m’a parlé et ensemble nous avons discuté et grandit dans le respect et la bienveillance mutuelle. Cet enfant n’attendait qu’une seule chose, une personne avec qui discuter et jouer. J’ai pu développer avec lui une réelle complicité dans le jeu et dans le travail.

L’accueil : L’accueil que j’ai reçu dans chaque maison où je suis passée fut à leur image : vrai, simple et authentique. Les gens vous accueillent comme s’ils accueillaient leurs frères et  sœurs. Ils nous donnent leur confiance et chaque visite que j’ai pu faire est réellement une grâce que le Seigneur m’a faite.

J’ai en tête deux visites au cours des quatre semaines que j’ai passé à la maison Bernadette :

– La première visite faisait suite à un soutien scolaire. Le jeune en question avait de réelles capacités de travail, mais il était très vite déconcentré. Après plusieurs soutiens scolaires, nous avons pu discuter de ses rêves, de ses ambitions et nous avons partagé sur nos différents lieux de vie, lui à la cité et moi à la campagne. Suite à ces discussions, j’ai fait une visite chez lui pour connaître son lieu de vie et lui montrer que je pouvais être présente en dehors des murs de la maison Bernadette. Ce jeune m’a ouvert ses portes avec une telle confiance et une telle simplicité. Il était heureux de me montrer sa maison, l’endroit qu’il m’avait décrit durant les deux dernières semaines. Cette visite m’a beaucoup touché car elle m’a permis de mieux comprendre le jeune et par la même occasion de me rapprocher de lui et d’installer une relation de confiance.

– La seconde visite m’a permis de me rendre compte que toutes les personnes qui habitent en cité ne sont pas ce qu’on peut dire dans les médias. Le père de famille nous a accueillis les bras ouverts,  il a sorti nourriture et boissons, en toute humilité et simplicité. Ce geste et la discussion que nous avons eu autour de l’ambiance dans le quartier, m’a donné confiance, et m’a surtout permis de me rendre compte de la beauté des personnes que l’on croise tous les jours sans pouvoir forcément la soupçonner.

La grâce : Le lundi, au cours du repas après la messe, les personnes présentes partagent ensemble une grâce reçue dans la journée. Cette tradition est belle et elle nous permet de voir l’action du Seigneur dans chacune de nos vies. Chaque lundi a été pour moi l’occasion de voir que le Seigneur est présent toujours et partout. Dans les bons comme dans les mauvais moments. Dans les situations difficiles je me suis réfugiée en lui car lui aussi a porté sa Croix et a souffert lors de sa Passion.

La relation vraie : Enfin, la fraternité Bernadette a été un lieu porteur de sens pour moi pendant ces 4 semaines. En effet, le fait de vivre le quotidien avec les jeunes de la fraternité mais aussi la vie de prière m’a permis de mieux vivre les expériences avec les différents jeunes du quartier. Le partage des richesses de la journée est un très beau moment et permet de souder les uns aux autres. Dans les moments plus difficiles, nous ne sommes pas seuls. Je me suis sentie portée par la fraternité à plusieurs moments dans la prière. Je les remercie d’être au service de ces jeunes, mais je les remercie surtout d’être des personnes vraies, fortes de leur conviction et en accord avec elles-mêmes. Si j’ai appris au contact des jeunes, j’ai aussi beaucoup appris avec la fraternité. Les liens sont simples, beaux, authentiques et bienveillants. Je rends grâce pour toutes ces rencontres qui, sans le Seigneur, ne seraient que superficielles.

Aujourd’hui, je repars le cœur plein d’amour à partager. Je pense que cette expérience m’a profondément changée dans ma manière de voir la gratuité de l’amitié. Les services, et encore plus ici, sont faits avec le cœur. Ils veulent faire plaisir avec ce qu’ils savent faire. C’est pourquoi je souhaite profondément mettre ce que j’ai vu et appris au profit des autres à mon retour. Dans cette cité, et au sein de la maison Bernadette, chacun à sa manière développe son talent et le met au service de son frère ! Même si tous ne sont pas catholiques, le cœur bienveillant de chacun est une preuve réelle que le Seigneur est présent en chacun de nous et qu’il nous suffit de tendre la main et d’ouvrir les yeux pour le voir. Baden Powell, fondateur du scoutisme, a dit : Essayez de quitter la terre en la laissant un peu meilleure que vous ne l’avez trouvée. Et bien, venez dans ce quartier et vous verrez que tous ces gens essayent de rendre ce monde fraternel, et tout cela dans l’amour de leur prochain.

J’invite chacun à prendre un temps, pour se mettre à la place d’une personne vivant dans la précarité, qu’elle soit ou non dans une cité. Vous verrez peut être que la vie n’est pas si évidente, mais que le cœur et la solidarité sont la source de toutes ces personnes. Quel est le plus important : ce que vous êtes ou ce que vous avez ?


Septembre 2011

Les 6 mois d’Yves à la Cité des Lauriers

la nécessité et la beauté du pardon.

Il est difficile de décrire les difficultés mais surtout toutes les découvertes et les joies que réserve la vie au sein de la Fraternité Bernadette. Parmi ces joies véritables, et parfois ces souffrances, vécues avec les enfants des Lauriers, leurs familles et les frères de la Maison Bernadette, voici ce que je garde plus particulièrement dans mon cœur : la nécessité et la beauté du pardon.

On sent bien que la violence morale ou physique détruit de l’intérieur à la fois ceux qui en sont la cible et ceux qui s’y laissent entraîner. On sent bien humainement, la violence conduit à toujours plus de violence. Avoir parfois vu des enfants se laisser porter à la violence et se déchirer entre eux aura été le plus douloureux à vivre au cours de ces six mois.

Mais cela a été l’occasion de mesurer la force incroyable du pardon. J’ai vu ces mêmes enfants comprendre que le vrai courage n’était pas de céder à la tentation de la violence mais de pardonner. J’ai été témoin de combats intérieurs, de la violence qui semblait reprendre le dessus, puis, contre toute attente, de la paix du véritable pardon. Une paix désarmante. Pour moi, le pardon véritable est héroïque et il est un signe visible de l’Amour de Dieu.

Avec un peu d’ironie, quand j’ai crû être moi-même à l’abri ou au dessus de cette tentation de la violence, la vie communautaire, parfois rugueuse, s’est chargée de me rappeler que j’avais moi aussi à vivre ce combat intérieur et cette attitude du cœur vis-à-vis de mes frères de la Maison Bernadette.
« Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil, tu ne la remarques pas ? »…
Dans un monde qui exalte la force, la puissance et l’esprit de revanche, cela aura été pour moi un chemin d’humilité, la source d’une paix intérieure plus grande et finalement une grande joie.

Je garde aussi dans mon cœur la simplicité et la chaleur avec laquelle j’ai été reçu par les habitants du quartier, dont beaucoup connaissent des situations matérielles ou humaines difficiles. Cela m’a appris à me dépouiller de toutes les inquiétudes et préoccupations qui étaient les miennes en arrivant. Cela m’a appris à aller à la rencontre des personnes gratuitement, les mains vides et de me laisser accueillir. Je crois que cette chaleur humaine, ces joies partagées au cours de visites ou d’ateliers de rue, les salutations amicales dans un lieu qui en apparence s’y prête si mal m’aident désormais à porter un regard d’espérance sur le monde.

Ces six mois m’ont aussi permis de prendre conscience de la beauté et de la jeunesse de l’Église, en particulier à l’occasion des messes du lundi soir, où chaque semaine la chapelle se remplissait un peu plus. C’était une grande chance de pouvoir rencontrer autant de prêtres si différents les uns des autres mais que l’on sent habités par le même Esprit. Les repas qui suivaient la messe ont toujours été des moments fraternels et de fête. C’est une chance d’avoir vu combien l’Evangile est pour les petits, les simples et les pauvres de cœur.

Avec le recul, j’ai le sentiment d’avoir connu un peu de l’Esprit des Béatitudes ! Il y a bien eu des difficultés mais celles-ci m’ont permis de réfléchir au sens de mon engagement ; elles m’ont appris à tout confier au Seigneur. J’ai pu expérimenter qu’Il se tient vraiment à nos côtés dans l’épreuve, qu’Il est la source de toute paix et de toute joie. En conclusion, j’ai le sentiment d’avoir reçu beaucoup plus que ce que j’ai pu donner. La maison Bernadette est un endroit étonnant et je prie le Seigneur qu’il y envoie des ouvriers travailler à sa moisson !

Je voudrais rends grâce au Seigneur pour les six mois passés à la Cité des Lauriers, je voudrais aussi remercier toutes les personnes qui soutiennent et font vivre cette œuvre aux côtés d’Aymeric et de Christine.